Jean Le Bitoux : passeur de mémoire (1948-2010)

Dans l'effervescence des années 1970, Jean Le Bitoux rejoint les milieux maoïstes, où il rencontre une forte homophobie. Il crée, à Nice, un groupe du Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (FHAR), qui s'est donné pour mission de « faire la guerre aux normaux et l'amour entre nous » . Aux élections législatives de 1978, il se présente comme candidat homosexuel aux côtés de Guy Hocquenghem. En 1979, il fonde le magazine « Gai Pied » , première publication gay vendue à grande échelle en kiosque. Dans les années 1980, alors que le sida commence à faire des ravages, Jean Le Bitoux - qui est séropositif - s'engage au sein de l'association Aides et participe à l'organisation de la Marche des Fiertés. Avec cette manifestation, il veut mettre fin à la culture de l'esquive. « Nous avons marché au milieu de la rue après avoir tant rasé les murs » , écrivait-il en 2003 dans son autobiographie, « Citoyen de seconde zone » . Son dernier combat a été pour les déportés de la Seconde Guerre Mondiale. En 1989, il fonde le Mémorial de la Déportation Homosexuelle avant de publier deux ouvrages sur le sujet : « Moi Pierre Seel » , déporté en 1941 au camp de Schirmeck, et « Les Oubliés de la Mémoire » . Un travail qui a conduit le Président Jacques Chirac, en 2005, à évoquer explicitement la persécution des homosexuels lors de la Journée Nationale de la Déportation.