Europe et Hollywood à l'écran : regards croisés. European and Hollywood cinema : cultural exchanges

Depuis ses origines le cinéma hollywoodien a montré ses
propres versions de l'Europe, de son histoire, de sa culture, de
sa société, de ses mythes, soit dans des superproductions en
costumes, soit en trouvant son inspiration dans la littérature
(Shakespeare, Dickens, Tolstoï). Le genre adopté a pu constituer
un autre paramètre. Les films d'horreur des années trente
ont pour décor l'Europe et ses sortilèges, révélant les dessous
du «mal» européen. D'autres genres comme la comédie
ou le musical puisent dans la culture européenne, tirant leur
scénario de pièces ou d'opérettes, et se situant à Paris, Londres
ou Berlin. L'Europe est souvent vue comme un locus exotique
mais elle fait aussi l'objet d'un regard plus historique. Les deux
guerres mondiales sont un champ d'expérience privilégié pour
Hollywood qui en donne une version idéalisée et engagée
( Casablanca ) ou en dénonce les absurdités ( Les Sentiers de la
gloire ). Des grandes figures européennes (politiciens, artistes,
savants) ont fait l'objet de biopics dès les années trente et
jusqu'à maintenant. Hollywood a prolongé une tradition
culturelle fondée sur l'opposition que l'on trouve déjà chez
Hawthorne, Twain ou Henry James entre l'Amérique, «jeune
et innocente», et l'Europe, «vieux continent» sophistiqué.
De nombreux réalisateurs, scénaristes et comédiens se situent
entre deux cultures (Wilder, Lang, Siodmak, Marlène Dietrich,
Vivien Leigh, James Mason etc.). L'Europe a aussi observé les
États-Unis avec ou sans préjugés, tentant de capter ce qui fait
du pays outre-Atlantique un espace unique et les cinéastes
européens proposent une vision des États-Unis qui recouvre
diverses métaphores de la civilisation. Ces regards croisés sont
examinés sous cinq angles distincts mais complémentaires, à
partir d'approches théoriques et méthodologiques variées. La
première section cherche à cerner la circulation des modèles
culturels tandis que la deuxième définit les contours d'une
spécificité américaine. La troisième concerne les procédures
par lesquelles Hollywood se nourrit de la culture européenne.
La quatrième section est consacrée aux genres et aux relations
intertextuelles et la dernière examine divers aspects de la
modernité, à commencer par la représentation de la ville. Ce
volume vise à témoigner de la richesse des échanges culturels et
esthétiques, mais aussi politiques et de la circulation incessante
des idées et des images entre les deux continents.