Amaury de La Grange (1888-1953) : un combat pour l'aviation

Descendant d'une famille de
noblesse ancienne, Amaury de La
Grange, jeune officier de réserve de
cavalerie en 1914, choisit de passer
dans l'aviation. Marié à une Américaine,
il a une connaissance parfaite
de l'anglais et joue un rôle déterminant
dans la mission d'achat des
avions américains en 1917.
Cette expérience permet au sénateur
du Nord qu'il est devenu en
1930 de diagnostiquer dès 1934
- l'année même où de Gaulle publie
Vers l'armée de métier : «À la fin de
1935, la capacité de l'industrie aéronautique
allemande sera au moins
cinq fois supérieure à celle de l'industrie
française... En cas de guerre,
plus les hostilités se prolongeraient,
plus s'aggraverait l'infériorité de
notre aviation... Il faut dès maintenant
établir un lien entre les industries
aéronautiques française et
américaine, car ce serait une erreur
de croire que l'industrie américaine
puisse, en cas de conflit, nous aider si
nous ne prenons pas maintenant les
moyens nécessaires pour que cette
collaboration soit efficace...»
Insouciance et légèreté de l'opinion,
intérêts particuliers, illusions
sur la réalité du nazisme et le vrai
rapport de forces se conjuguent pour
refuser d'entendre l'avertissement.
Malgré ses interventions répétées,
Amaury de La Grange, devenu président
de l'Aéro-club de France en
1937, n'est pas écouté.
Ayant eu accès aux archives familiales
et exploité des documents généralement
méconnus, André Vignon,
ancien président de l'Institut Aéronautique
Amaury de la Grange qui,
depuis quarante ans, a accueilli plus
de 10 000 stagiaires et formé en
particulier près de 6 000 pilotes français
et étrangers, fait revivre à travers
ce combat clairvoyant et solitaire le
climat de lâche abandon des années
trente.