Boxing club : sociologie d'une salle de boxe thaïe en banlieue

La boxe a souvent fait les beaux jours de l'anthropologie urbaine.
Elle a effectivement été une entrée privilégiée par les chercheurs
pour observer la vie des quartiers pauvres et mal famés des
grandes métropoles industrialisées. Dans la grande tradition de
l'Ecole de Chicago, les monographies de salles de boxe ont fleuri
tout au long de ces trente dernières années, donnant aux uns l'occasion
d'observer les rapports que le monde de la boxe entretient
avec le quartier et sa structure sociale ; aux autres d'explorer les
liens entre le boxing business , l'expérience de la rue et celle du
désoeuvrement.
En France, l'implantation très médiatisée des salles de boxe thaïlandaise
dans les banlieues «chaudes» et l'exposition publique
de ses champions «issus des quartiers» ont soulevé quelques
craintes de la part des pouvoirs publics, principalement en raison
de la «violence» générée par cette discipline pieds-poings et de
l'horizon social qu'elle semble proposer aux «jeunes des cités».
Il fallait donc voir les choses de plus près et enquêter sur la réalité
sociologique de ce phénomène. Mais plutôt que de l'observer
de l'extérieur, j'ai choisi de m'immerger par observation participante
dans ce milieu de la boxe. A mon tour, j'ai décidé de m'inscrire
dans une de ces salles de boxe, le Boxing Club , située en plein
coeur d'une cité marquée par la précarité et l'isolement social.
Sans rien révélé de la raison de ma présence sur les lieux aux
boxeurs et aux dirigeants du club, j'ai appris les rudiments de la
boxe «thaïe» : son vocabulaire technique, ses codes moraux et
ses hiérarchies, ainsi que les règles de fonctionnement de ce
milieu atypique. Cette étude se veut une microsociologie de la vie
quotidienne de cette salle de boxe avec ses entraînements, ses
combats et ses boxeurs. J'ai été l'un d'eux pendant un an. Et c'est
de cette expérience ethnographique dont il est question dans cet
ouvrage.