Le lobbying en droit public

Le lobbying consiste pour un intérêt privé à solliciter la protection de la
souveraineté étatique. Il entretient à ce titre un rapport étroit avec les
institutions et les organes chargés d'élaborer la règle de droit dans l'intérêt
public ou général. La légitimité de son exercice et partant, sa reconnaissance
juridique dépendent donc de la conception de la souveraineté et du mode de
détermination de l'intérêt public qui prévaut dans un État donné car, partiale,
la pratique vise un pouvoir qui se veut impartial.
Dans les droits nord-américains prévaut une conception utilitariste de l'intérêt
public, qui se détermine à partir des intérêts particuliers. Dans cette conception
de la souveraineté, la reconnaissance du lobbying s'est alors avérée légitime et
nécessaire. En conséquence, le lobbying est non seulement accepté comme une
liberté publique, mais plus encore, directement réglementé dans son exercice.
En droit français, le principe de la souveraineté nationale, le légicentrisme et la
fiction transcendante de l'intérêt général rejettent toute forme de particularité
et contribuent à l'illégitimité du lobbying. Les principes fondamentaux issus
de la tradition révolutionnaire rendent donc impossible toute reconnaissance
juridique du lobbying. Ainsi, le droit actuel n'appréhende le lobbying que
lorsqu'il devient corrupteur ou porte atteinte à l'ordre public.
Un tel régime répressif n'est cependant pas adapté à la spécificité du lobbying.
La carence actuelle de notre réglementation entretient la confusion ainsi
que les apparences d'une pratique corruptrice et n'est pas sans effets sur la
confiance des citoyens envers les institutions. Toutefois, l'affaiblissement et
l'évolution des choix idéologiques révolutionnaires qui faisaient la singularité
du droit français rendent alors possible leur conciliation avec la notion
de lobbying. À l'heure où l'Assemblée nationale vient d'encadrer la phase
parlementaire du lobbying législatif, sous l'influence du droit européen, ces
règles embryonnaires ouvrent la voie à une notion juridique. Un lobbying
encadré par des règles propres permettrait en effet de légitimer son exercice
régulier, respectant alors les impératifs constitutionnels du droit français tout
en améliorant son efficacité et son attractivité.