Discrétion assurée

L'année dernière, une personne charmante, éditeur,
m'avait fait un brin de cour, et ce que j'appelle faire
un brin de cour à un auteur, c'est l'inviter à déjeuner.
Je lui avais donc donné à lire ce Discrétion assurée.
Elle était aussi enthousiaste qu'effarouchée : «C'est la
vérité toute crue et c'est bien pourquoi je ne peux pas
présenter ce livre à mon patron, il ne supporterait
pas. Vous ne savez pas à quel point les corporatismes
sont puissants dans le milieu de l'édition. On peut
raconter n'importe quoi, du moment qu'on ne parle
pas de nous.» J'en avais pris mon parti. Aussi, quand
Alain Veinstein créa Melville, je lui proposai ce texte
avec mille précautions, un peu sous le manteau,
comme si j'y exposais une expérience de zoophilie
assortie des plus scandaleuses déviances.
Il ne fut pas choqué, au contraire. Il savait bien que
la «raison d'État» d'une maison d'édition a ses lois
et mêmes ses caprices.
Ce livre est donc l'histoire d'un premier roman arrivé
par la poste et paru chez Grasset, mais c'est surtout
celle d'étranges comportements humains, à commencer
par le mien. Et si, à mon corps défendant, j'y
commets des indiscrétions, c'est que je ne résiste pas
à la tentation de mettre les rieurs de mon côté.