Frédérique Bouet, Ligne de crête : exposition, Château royal de Collioure, 8 juillet-30 août 2009

Il en a fallu du temps. Le temps de mon passage dans les
Pyrénées Orientales - trois années où la montagne était là,
présente et prégnante dans le champ de mon regard ou
à la périphérie, toujours. Et puis le temps d'après, celui qui a
suivi, le temps du saut, du manque et du vide. Et enfin le
temps de l'acceptation, de l'élaboration et de la création. Une
fois partie au loin, j'ai passé une année entière à vivre au quotidien
avec cette ligne d'horizon fragmentée qu'est la montagne.
Je l'ai réinventée. Elle m'a habitée jour
et nuit et s'est projetée dans l'obscurité
de mes paupières les yeux fermés. Elle a
laissé une trace indélébile dans les strates
de mon regard et de ma mémoire. Son
pliage me poursuit comme un leitmotiv,
une ritournelle. La vie est faite de lignes, de trajectoires qui
se croisent, se contrarient, s'exaltent mais ne se joignent
pas. Il reste cette ligne de crête qui se déploie à l'infini dans
la brûlure du souvenir et de la vie qui passe. Enregistrement
magistral et monumental des extrasystoles, des pulsations,
des contractions spasmodiques du temps qui tente en vain
de faire tenir la durée dans l'instant. Impossible gageure.