Histoire, mémoire, patrimoine : du discours idéologique à l'éthique humaniste

Histoire, mémoire, patrimoine : du discours idéologique à l'éthique humaniste

Histoire, mémoire, patrimoine : du discours idéologique à l'éthique humaniste
2010424 pagesISBN 9782753511323
Format: BrochéLangue : Français

Tout d'un coup, le patrimoine a tout envahi, qu'il s'agisse de la notion ou

de l'objet. La notion, puisqu'on parle de patrimoine maritime, immatériel,

naturel, génétique, etc. ; l'objet, puisque l'église et le château n'ont plus la

cote, remplacés par la petite cuiller, dont parlait déjà André Malraux, le fléau à

battre le blé, le moulin à tan, le vieux gréement, et bien d'autres articles d'un

quotidien aujourd'hui disparu. Mais cette intrusion patrimoniale dans la société

française ne fut ni spontanée, ni soudaine. En outre, elle ne date pas d'hier.

Elle s'insère dans le rapport chaotique que la France et, plus généralement,

les sociétés humaines entretiennent, de nos jours, avec le passé. Elle débouche

donc sur le besoin d'histoire, souvent signalé dans notre pays, et sur une autre

irruption, plus embarrassante encore : celle de la mémoire et, derrière elle, de

l'identité.

L'activité patrimoniale est-elle de même nature que l'activité historienne, se

demande François Chappé ? L'une serait-elle subjective, quand l'autre se pare

des vertus de l'objectivité ? Rien n'est moins simple, répond-il. Tout dépend,

en fait, du traitement que l'on fait subir aux traces du passé, et de l'usage que

l'on assigne à la mémoire. Le discours historique diffère peu de la monstration

patrimoniale, au fond, pour peu que l'historien, le conservateur du patrimoine,

ou même le militant, le politique, s'assignent un objectif de vérité et soient

conscients, chacun dans son domaine, des contraintes idéologiques qui pèsent,

c'est inévitable, sur leurs choix et sur ceux du public. En somme, l'objectivité

étant aussi inaccessible que l'humanisme est nécessaire, toute réflexion sur le

passé devrait reposer sur une éthique, véritable idéal universaliste, dont l'auteur

définit les contours, les limites, les ressources, et dont il explique qu'elle est le

meilleur attribut du citoyen. Des choix que nous faisons, dit-il, dépendent la

compréhension des sociétés par elles-mêmes - donc, la possible neutralisation

des dérives nationaliste, autoritaire, populiste -, et le partage des cultures, sans

lequel il n'est pas de société démocratique moderne.

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