Le sage roi et la clergesse : l'écriture du politique dans l'oeuvre de Christine de Pizan

Alors que la guerre de Cent Ans fait rage, que la maladie de
Charles VI déstabilise le royaume de France, Christine de Pizan
prend la plume pour adresser aux princes critiques et conseils
politiques. Femme et autodidacte, Christine compose des
traités, principalement en prose, bien différents par la forme des
poèmes courtois qui l'ont fait connaître. Pour se faire entendre
des princes, l'écrivaine décline, au sein de ses oeuvres, une image
d'elle-même en clergesse, femme de savoir, tout en rappelant,
grâce à une présence du «moi» qui prend différentes formes,
qu'elle est touchée de plein fouet par les malheurs de son temps
et de ce fait, qu'elle est la mieux placée pour témoigner des
souffrances du royaume. Tout en s'attachant à défendre l'idéal
d'un roi sage et cultivé, les principaux procédés littéraires
utilisés - compilation, allégorie, exempla - contribuent à
construire cette image de clergesse, capable de manier des
techniques propres à la littérature savante, comme les
intellectuels de son époque. Liant son nom à celui de Charles V,
Christine s'affirme sans cesse comme l'auteure d'une oeuvre
engagée, chargée de transmettre son talent et son existence à la
postérité.