Voyages en Inde : un voyageur russe découvre l'Inde des Maharadjas : 1841-1843 et 1844-1846

Je me trouve dans une maison isolée à trente-cinq milles de Kandy, capitale de Ceylan, sur un grand lit soigneusement fermé d'une moustiquaire, et dans le courant d'air d'une chambre haute et spacieuse, d'où la lumière est
presque totalement exclue par les jalousies. Il règne dans cette solitude une morne tranquillité qui n'est interrompue
que par le bourdonnement des insectes et le cri des perroquets et des singes ; car de tous côtés s'étendent au loin de
sombres forêts de cocotiers, de bambous, d'aréquiers, de djagaras, de palmaïras, de tallipots, de cafiers, de canneliers, de
diverses plantes grimpantes, etc., etc., dont l'éternelle verdure forme des labyrinthes d'ombres mystérieuses où la pensée s'égare avec crainte. Dans ces selves ténébreuses errent d'innombrables troupeaux d'éléphants sauvages ; de féroces
tigres hantent les djungles humides, et de hideux serpents rampent dans les buissons d'ananas sauvages. Dans cette île ombreuse, un crépuscule voile l'air chargé d'électricité. Mais les éclairs sont fréquents et jettent un étrange éclat sur
les montagnes et les précipices chargés de végétation ; et le silence de ces lieux est souvent interrompu par le grondement du tonnerre lointain à l'approche des orages de l'équinoxe, et par le lugubre tamtam des bonzes, qui résonne
dans la forêt ; car souvent, dans des endroits qui semblent inaccessibles, est caché un temple mystérieux où se pratique
le bouddhisme antique dans toute son étrangeté primitive.