Europe Mad Max demain ? : retour à la défense citoyenne

De nos jours, on peut se demander si des organisations sans territoire, mais
dotées d'une réelle puissance financière et militaire, ne sont pas en train de
supplanter l'État-nation ou, tout au moins, de le concurrencer de manière
décisive : d'un côté, les diverses formes de groupes armés (des guérillas aux
réseaux terroristes sans tête, en passant par les mafias ou les diasporas militairement
organisées), de l'autre, les sociétés militaires privées (SMP). Si, dans
ces conditions, l'ordre politique de l'État se délite, où se situe la participation
des citoyens à la gestion des affaires communes ? Le retour de l'initiative individuelle
via le web ne s'inscrit pas dans une logique de citoyenneté, mais
dans une logique de «cause», celle nécessaire pour se battre.
Guerre civile moléculaire, retour de l'initiative individuelle, changement
d'échelle de l'équilibre de la terreur, les objectifs et les buts de la guerre
changent profondément, de même que les acteurs et l'image de l'ennemi :
moins d'instance mais plus de substance, c'est-à-dire des combats ne visant
plus tant des États que des populations avec leur identité et leur culture,
moins de forces armées et plus de groupes armés, moins de forces matérielles
et plus de forces morales. La capacité de décision ne dépend plus de
la qualité des travaux d'état-major, mais de la volonté de prendre son destin
en main. Pour les citoyens, cela signifie assurer soi-même sa propre sécurité :
c'est le retour du citoyen-soldat. Quelle «cause» défend-il ? En quoi consistent
l'existence et la nature de la liberté de nos jours alors que le maître-mot est
celui de sécurité et de risque zéro ?
Dans un monde où les menaces prennent la forme de réseaux (razzias, brigandages,
rackets) et où les idées et les valeurs se partagent librement et
instantanément sur le web, la formation de petites communautés organisées
en vue de la légitime défense apparaît comme une réponse plus appropriée
que le recrutement de gros bataillons.