441, faux et usage de faux

Mais à quoi ressemble un faussaire ? On l'imagine gris,
binoclard, travaillant de nuit dans l'arrière-boutique de son
imprimerie, de son magasin de photo... Des clichés.
Avec Daniel Arsseniev, «le diable se niche dans les détails...»
Je ne sais pas si le dicton existe en russe. En tout cas, le
perfectionniste qu'il est applique le proverbe à la lettre -
contrôle, précision, anticipation... -, au risque de friser parfois
l'arrogance. La modestie n'est pas son point fort. Ce qui
n'empêche pas le bonhomme d'être attachant.
Avec Pierre Bernadou, ça passe ou ça casse. Pas de
demi-mesure. Un flic à l'ancienne. Qui fonctionne au flair, à
l'instinct. Le relationnel avant tout. Il faut l'avoir vu à l'oeuvre
dans la forteresse de la PJ espagnole à Madrid. Le coffre de la
voiture de fonction rempli de bouteilles de champagne. On ne
sait jamais. Les cadeaux entretiennent l'amitié et facilitent les
relations.
Comment ces deux-là - le petit «Ruskof» de banlieue et le
vieux routier de la PJ - sont-ils devenus complices dans
l'écriture ? À eux de vous le raconter. Pour une fois, pas de
compte rendu univoque mais les visions croisées des deux
côtés de la barrière. Celle du chasseur. Une vie d'expérience.
Des souvenirs comme s'il en pleuvait. Le flic et son équipe.
Moyens d'enquête et limites de la procédure. L'histoire de
l'océan et de la petite cuillère. Grandeurs et servitudes d'un
job pas comme les autres. Celle du faussaire, enfin. Itinéraire
d'un gamin ballotté, futé, roublard, culotté, curieux,
baratineur, doué, bluffeur, bluffant. Petites et grandes
combines. Fascination pour les bandits. En être ou ne pas en
être ? Trop tard. À chacun sa spécialité. Dessine-moi un faux
passeport !
Stéphane Joahny