Idéologie foncière en Russie : du XVIe siècle à aujourd'hui

En 1991, le Président Eltsine déclenche la privatisation de l'économie
soviétique. Celle-ci s'accompagne d'une réforme foncière avec
au coeur le secteur agricole en crise. La privatisation des terres s'enlise
devant l'opposition parlementaire, compromettant la validité des nouveaux
titres fonciers. L'analyse des rapports fonciers en Russie dans
une perspective historique, fait apparaître pourquoi une notion juridique
parfaite de l'inaliénabilité du bien n'est pas complètement rentrée
dans les moeurs russes et en quoi la conception du cadastre y a été
instrumentale. L'héritage communiste ne suffit pas à expliquer la présence
d'une véritable idéologie foncière chez les acteurs politiques
actuels. Ceux-ci se réfèrent au contraire au patrimoine philosophique
et politique du XIX<sup>e</sup> siècle. Ainsi, le communisme est venu se greffer
sur une base idéologique antérieure qui a joué pour établir une notion
faible d'appropriation et pour refouler toute notion forte de propriété
dans l'univers parallèle de l'illégalité. La réhabilitation d'une notion
forte de propriété est impérative si la société russe veut se libérer des
fléaux du crime organisé d'une part, et de la mainmise de l'État sur la
terre d'autre part.