André Gill : les dessins de presse et la censure

À dix-huit ans, Louis Alexandre Gosset de Guines, a décidé qu'il
serait dessinateur. Il rencontre Gaspard Félix Tournachon, connu
sous le nom de Nadar. Ce dernier l'encourage et lui conseille de
prendre un pseudonyme. Le jeune homme, qui admire le Gilles de
Watteau, a un ami prénommé André. Ce sera André Gill. Nadar
le recommande à Charles Philipon, dessinateur de presse qui fut
condamné à six mois de prison pour avoir fait, du visage de Louis-Philippe,
une poire. Il est intéressé par le talent du débutant et,
le 12 mars 1859, le premier dessin de Gill paraît dans Le Journal
amusant. Fondé en 1848, il disparaîtra en 1933 après avoir accueilli
plus de cent caricaturistes. Pour Gill, c'est le début d'une carrière,
en bien des points prodigieuse. Elle prendra fin en 1885 par la
mort de celui qui, dans la lignée de Daumier, a fait du dessin de
presse une oeuvre d'art. OEuvre qui n'est pas sans péril quand on
est l'ami de Jules Vallès, quand on s'en prend aux grands noms
de la politique, quand quelques coups de crayon en disent plus
qu'une longue chronique, quand on passe sa vie d'artiste sous
le joug de la censure qui condamne les journaux qui vous font
vivre ou leur interdit de publier vos dessins. La vie du grand Gill,
c'est l'histoire de la lutte entre la liberté sous toutes ses formes
et toutes les formes d'interdits qui l'empêchent de se manifester.
P-R Leclercq