Un si beau printemps

Que nous est-il arrivé ?
Je compare l'aujourd'hui avec ce que
nous espérions - les gens de ma génération,
ou une partie d'entre eux. Si l'on nous avait
dit, quand nous avions votre âge : «Voilà ce
que sera le monde, dans quarante ans», en
décrivant ce début de millénaire tel qu'il est
sous nos yeux, nous aurions éclaté de rire,
nous aurions crié au fou ! Avec les promesses
que nous avions dans les mains, avec notre
énergie, notre ardeur, nous allions évidemment
bâtir une Terre fraternelle, débarrassée
de la pauvreté et de la faim, une Terre
d'hommes et de femmes égaux ! Et nous ne
courions pas après une lointaine utopie, non :
le meilleur était en marche, il naissait sans
heurts, sous nos pas. Il n'y avait qu'à continuer
dans la direction indiquée par les mouvements
sociaux d'avant et d'après-guerre,
il n'y avait qu'à approfondir le sillon que
d'autres avaient ébauché avant nous !
Au lieu de cela, le spectacle de maintenant.
Une révolution a eu lieu. Pas celle que
nous espérions.
Nous avons échoué, nous nous sommes
fait baiser, profond.
Par qui ? Comment ?