Fantômes d'écrivains

Par quoi les écrivains sont-ils habités ? Souvent par d'autres
écrivains. Pas seulement parce qu'ils s'influencent ou
s'inspirent les uns les autres mais parce que parfois ils
écrivent à l'ombre de l'oeuvre d'un autre, à la lumière du
rayonnement laissé par un confrère célèbre, vivant ou mort,
qu'ils admirent, qu'ils fuient, qui les enrichit ou les entrave.
Ils écrivent alors en contrepoint de l'oeuvre d'un autre, en
dialogue ou en résistance. Ils sont travaillés par la présence
d'un aîné ou d'un contemporain qui est pour eux une
autorité à honorer, à dépasser, à combattre. Ce rapport à
l'écrivain est une occasion de fécondité, de rivalité, au pire
un véritable empêchement. Dans tous les cas, cette intime
obsession, cette hantise les oblige à trouver leur propre voix,
chercher leur propre espace et plus largement, décider du
sens qu'ils donnent à leur propre quête. Ces fantômes
d'écrivains sont donc bien ce qui hante leur création : ils
la visitent et l'inquiètent, la rendent plus vivante, plus
personnelle, la forcent à affirmer ses contours, fût-ce dans
la destruction de cette figure intérieure qu'elle porte en elle
et que tout à la fois elle enfouit et exhibe.
Il s'agissait donc de traquer les fantômes dont est peuplée
la littérature... Les articles de ce recueil explorent divers cas
de relation intime entre un écrivain et un autre, diverses
conditions singulières de création «hantée».