Histoire, critique et responsabilité

Le succès récent de l'histoire du temps présent s'est
accompagné de discussions intenses sur les concepts,
les méthodes, les problèmes éthiques soulevés par
l'ambition d'écrire, sur des bases scientifiques, une
histoire du passé proche, celle qui est portée par des
acteurs, des témoins éventuels, des sujets vivants,
doués de parole et de mémoire. Ces débats ont été
d'autant plus vifs qu'ils ont été concomitants de la
prise de conscience de l'ampleur des souffrances
engendrées par la violence de guerre, la violence politique,
la violence extrême, la marque au fer rouge du
XX<sup>e</sup> siècle. La redécouverte récente de l'événement
dans le champ des études historiques a été, en effet,
d'abord et avant tout celle de l'événement dévastateur,
dont le souvenir cuisant marque souvent une
borne paradoxalement fondatrice.
Dans cette effervescence intellectuelle, l'historien
François Bédarida, disparu le 16 septembre 2001, cinq
jours après l'irruption sur la scène mondiale d'une violence
d'un genre inédit, a joué un rôle essentiel. Porté
par son engagement spirituel, sa foi catholique, et par
une vision exigeante du métier d'historien, il a produit
une oeuvre importante qui s'est attaquée à quelques
grands massifs de l'historiographie contemporaine.
Le présent ouvrage propose une série de ses articles et
contributions, publiés dans les années 1990-2000, sur
l'émergence d'une nouvelle histoire du temps présent,
sur le nazisme, la Seconde Guerre mondiale, la
période de Vichy, sur les rapports entre histoire et
mémoire, enfin, sur la responsabilité de l'historien.