Dites trente-trois : chroniques du docteur Kleinman

Le cabinet du docteur Kleinman, installé en banlieue
parisienne au coeur d'une cité ouvrière au début des
années 60, ne désemplit pas.
Les personnages qui se succèdent dans sa salle d'attente
sont hauts en couleur ! Anciens combattants, accidentés
du travail en mal d'attestation, hypochondriaques
notoires, Ukrainien en cavale, femmes infidèles côtoient
des familles indiennes au bord de l'implosion, des
retraités assommés d'ennui, quelques débiles mentaux
attachants, des maris en deuil et même un Sicilien qui a
enfilé son plus beau costume parce qu'il a rendez-vous
avec la mort.
Par-delà l'anecdote, c'est une chronique de la société
française de la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle qui s'écrit ici.
Car le docteur Kleinman a aussi pratiqué la médecine en
Algérie et a été formé dans les amphis parisiens des
années 50. L'antisémitisme y faisait rage, et ça ne s'est
pas vraiment arrangé par la suite. Mais Maurice
Kleinman garde le sourire : il a le sens de la répartie.
Ses souvenirs sont drôles, parfois. Le plus souvent, ils
sont cruels voire sordides, car la médecine fréquente la
mort et la misère assidûment. On croit désespérer de
l'humanité quand, au détour d'une consultation, on est
ému de découvrir la générosité d'un voisin, le geste de
solidarité d'un confrère, l'écoute patiente du médecin.
Ne prenez pas de rendez-vous, passez donc à l'improviste
au cabinet du docteur Kleinman : il a certainement une
bonne histoire à vous raconter.