Maistre

Joseph de Maistre est marqué par le caractère
profondément déchu de la créature. « L'homme
entier , affirme-t-il, n'est qu'une maladie. » Cependant,
cette noire vision est équilibrée par une
quête ardente de l'«Unité» perdue ; c'est là tout
le sens de la perspective doctrinale maistrienne.
«Lorsque ce qui est en dehors, [...] lorsque la vie,
ou la génération extérieure, sera devenue semblable
à la vie intérieure ou angélique. Alors, il n'y aura
qu'une naissance. Il n'y aura plus de sexe.
Le mâle et la femelle ne ferant qu'un et le royaume
de Dieu arrivera, sur la terre comme au ciel.»
Toute l'oeuvre de Maistre est située au centre
de cette dramatique tension, sa doctrine n'étant
que l'expression achevée - certes, brillante, mais,
néanmoins, extrêmement lucide et rigoureuse -
de cet état de corruption résultant d'une dégradation
qui, plus que toute autre, est la condition
véritable de l'humanité actuelle.
Ce Maistre (Qui suis-je ?) nous montre que la
pensée de l'auteur des Soirées de Saint-Péters-bourg
ne peut et, surtout, ne doit pas être fragmentée
; elle s'appuie incontestablement sur les
bases doctrinales de l'illuminisme maçonnique,
source aisément décelable dans ses divers écrits,
mais s'exprime toujours par un souci constant
de l'exemple concret. Vérité immédiate et Vérité
éternelle forment donc une totalité qu'il importe
de déceler sous le voile qui, depuis la «Chute»,
nous plonge dans une tragique cécité. Ce fut là ce
qui servit de fil conducteur à Maistre tout au
long de son existence, ce fut là également le principal
souci qui l'anima dans l'écriture de ses
ouvrages, qui possèdent, encore de nos jours, la
rare vertu de plonger le lecteur dans de profondes
interrogations métaphysiques.