Grain de sable sous le capot : résistance & contre-culture ouvrière : les chaînes de montage de Peugeot, 1972-2003

D'autres ouvriers auraient pu écrire cette chronique de la
chaîne à Peugeot-Sochaux, que j'ai signée du pseudonyme de
Marcel Durand pour ne pas m'approprier cette mémoire
collective. Je prenais des notes à l'occasion d'événements
marquants : prises de gueule avec le chef, rigolades entre
collègues, débrayages, grèves. Je voulais garder une trace de
cette vie à la chaîne, décrire l'ambiance du travail. Pour moi.
Pour les copains de galère aussi. Pour faire une sorte d'album
de famille de la dizaine de vrais copains de la Carrosserie.
Huit heures par jour au boulot, ce n'est pas rien. Même si on
résiste, la chaîne déteint sur nous. En ville, on continue de
courir comme si on était toujours à s'agiter autour des
carcasses de bagnoles. On parle fort parce que les machines
ne s'arrêtent jamais de nous vriller les oreilles. On laisse des
plumes au boulot. Plusieurs copains y ont laissé leur peau.
Écrit par un ouvrier de Sochaux qui a passé trente ans en chaîne, ce
livre raconte la vie au jour le jour d'un OS de base. Il montre comment
l'usine ne cesse d'exercer sa violence et comment une résistance, à
la fois spontanée et organisée, se manifeste sous des formes toujours
nouvelles face aux «innovations» du management.
La singularité de ce texte tient à ce qu'il nous fait entendre la voix
d'un «ouvrier ordinaire», c'est-à-dire celui qui d'habitude n'est
pas entendu parce qu'il n'a pas de légitimité particulière pour
prendre la parole.
L'auteur, Hubert Truxler (alias Marcel Durand), incarne la figure du
travailleur récalcitrant, conscient qu'il vaut autant que les autres.