L'être et l'argent : à l'origine du droit écrit

On croit que l'invention de l'écriture, sa popularisation et la construction d'un ensemble
de lois écrites ont été les principaux facteurs de civilisation et d'épanouissement
humains... Cependant les grandes catastrophes des derniers siècles ont révélé le risque
que faisait courir le déploiement concommittent de la puissance technique, de la
bureaucratie, et d'un droit d'autant plus implacable qu'il se dit exercé au nom du peuple.
La forme primaire de ces brutalités abstraites est L'écriture, à l'origine simple instrument
de compte, mémoire de la dette, devenue clé du pouvoir fixant la hiérarchie des
dominations : l'écriture ou l'argent. La force de la civilisation occidentale, avec ses
travers, ne vient pas du tout bien sûr d'une quelconque supériorité d'esprit, mais du
levier choisi pour multiplier sa force physique, qui diminue d'autant sa force morale :
car l'écriture (Platon avait prévenu) efface la mémoire personnelle jusqu'à l'inconscient.
En France les peuples qui disparurent dans l'apprentissage forcé d'une langue écrite se
transformèrent en leur vainqueur, le Bourgeois, et appliquèrent à la planète ce qu'ils
avaient eux-mêmes subi. Claude Lévi-Strauss l'avait relevé : «Il faut admettre que la
fonction primaire de la communication écrite est de faciliter l'asservissement. (...) cette
exploitation qui permettait de rassembler des milliers de travailleurs pour les astreindre
à des tâches exténuantes (...) La lutte contre l'analphabétisme se confond ainsi avec le
renforcement du contrôle des citoyens par le pouvoir. Car il faut que tous sachent lire
pour que ce dernier puisse dire : nul n'est censé ignorer la loi.»