Syntaxe Sikuani, Colombie

Le cours de l'Orénoque inscrit un crochet en forme de C sur la partie septentrionale du continent sud-américain. Là où il coule en direction sud-nord, le fleuve délimite les territoires de la Colombie et du Venezuela. Pour les Indiens sikuani cette frontière-là est invisible, car en cet endroit l'Orénoque est porteur de témoignages autrement plus gros de sens : c'est lui que, chevauchant un palmier gracile, leur ancêtre traversa d'ouest en est pour aller découvrir l'arbre aux plantes cultivées ; c'est lui que remontèrent les Caribes en quête d'esclaves à troquer sur la côte atlantique, laissant un souvenir indélébile de férocité.
Aujourd'hui les Sikuani vivent à l'ouest, sur les vastes prairies naturelles qui s'étendent jusqu'au pied des Andes, territoire immense qu'ils parcouraient dans son entier au temps du nomadisme, et un peu à l'est, dans la forêt accidentée des derniers contreforts du bouclier des Guyanes. Et au sud aussi, dans la forêt plate au partage des eaux entre l'Orénoque et l'Amazone.
Groupe confronté aux menaces croisées de la colonisation, la guérilla, le narcotrafic, le prosélytisme religieux. Et néanmoins expansionniste territorialement, dynamique politiquement, d'une adaptabilité enviable, peut-être héritée de ce passé d'errance.
Leur langue, relativement peu connue, présente d'intéressants traits typologiques et mérite d'intégrer le fonds empirique à l'aune duquel nous validons nos idées générales sur le langage.