Abécédaire d'une enfance pied-noire

« Algérie. Ah, chérie ! Ce sont les mots que j'entendais, que je comprenais, dans les premières années de ma vie. Les Pieds-noirs parlent de leur pays au féminin, comme d'une amante ingrate et infidèle. Ils en déclinent les bonheurs, les merveilles, les douceurs, vaguement peinés pour les malheureux qui ne l'ont pas connue, l'oeil allumé d'avoir eu le privilège de rouler dans sa couche chaude... »
« La prof parlait du peuple algérien, et je ne connaissais que « les Arabes ». De sa lutte contre la colonisation : j'apprenais ce mot... Elle remontait loin en arrière. Elle racontait Sétif en 1945. Et le cours d'Histoire devenait voyage dans l'histoire, celle de mes origines... Elle m'apprit les milliers de morts dans le stade, à Philippeville, ma ville, et je me sentais trahie, comme si on m'avait caché la suite, comme si les livres renfermaient des secrets qu'on n'avait pas jugé bon de me révéler... A onze ans, j'avais compris que la guerre d'Algérie serait une source incessante de déchirement entre mes parents et moi... »