Correspondance 1944-1968

Correspondance 1944-1968

Correspondance 1944-1968
Éditeur: Gallimard
2004310 pagesISBN 9782070772520
Format: BrochéLangue : Français

C'est donc non seulement un coin quelque peu perdu dans l'univers de

Paulhan que la correspondance avec Belaval fait redécouvrir, c'est aussi

un Paulhan qui diffère sensiblement de celui qui sollicitait le soutien des

grands auteurs de la maison Gallimard, et soutenait à son tour les jeunes

auteurs de la N.R.F. ; celui qui demandait avis sur son travail et qui faisait

part de son désespoir d'écrivain. Belaval, comme tant d'autres, s'adresse

d'abord à Paulhan comme jeune auteur ambitieux. Mais très rapidement

il se met au service de l'oeuvre de son éditeur, inversant le rapport qui

caractérisait la plupart des relations littéraires de Paulhan jusqu'au point

où il souhaitait enlever celui-ci à Gallimard, l'entraîner dans une île

déserte pour qu'il mène à bien ses différents travaux. Il soumet les

manuscrits de Paulhan à une lecture attentive, repérant maladresses et

fautes de typographie. Il harcèle son aîné pour qu'il respecte les dates

limites qu'il se fixait. Cependant, même cette détermination forcenée de

voir l'accomplissement de l'oeuvre de son maître ne servait pas à grand-chose.

Car Paulhan n'a plus besoin d'encouragement : il écrit, bien plus

qu'avant la guerre, malgré - ou sans doute à cause de - son isolement

croissant dans le monde littéraire.

Ce n'est donc pas l'ébauche d'une oeuvre que l'on voit se profiler dans

ces lettres, contrairement à la majeure partie de la correspondance de Jean

Paulhan. Ici on assiste à la difficulté que cette oeuvre présente aux autres,

même à ceux qui sont les plus aptes à la comprendre, tel Yvon Belaval,

philosophe de formation, mais aussi auteur de divers écrits sur la poésie et

amateur de peinture. Il y avait beaucoup pour réunir ces deux hommes, et

comme Paulhan le dira lui-même, s'il n'avait pas eu « tant de choses à faire

encore qu'il ne [lui] est guère permis de songer aux métamorphoses », il

aurait été content d'être Belaval, capable de passer avec aisance de Leibniz

à Max Jacob. Mais Paulhan est maintenant investi d'une idée claire de ce

qu'il doit accomplir, une idée claire qui est nécessairement relayée par une

zone d'obscurité, par un secret, qui forme un silence au coeur de cette

correspondance.

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