Pourquoi les pauvres votent à droite : comment les conservateurs ont gagné le coeur des États-Unis (et celui des pays riches)

Depuis des décennies, les Américains assistent
à une révolte qui ne profite qu'à ceux qu'elle est
censée renverser. Les travailleurs en furie, forts de
leur nombre, se soulèvent irrésistiblement contre
l'arrogance des puissants. Ils brandissent leur poing
au nez des fils du privilège. Ils se gaussent des
affectations délicates des dandys démocrates. Ils se
massent aux portes des beaux quartiers et, tandis
que les millionnaires tremblent dans leurs demeures,
ils crient leur terrible revendication : «Laissez-nous
réduire vos impôts !»
L'État le plus pauvre des États-Unis a réélu George W.
Bush avec plus de 56 % des suffrages aux dernières
élections. Pourtant, le New Deal avait sauvé la Virginie-Occidentale
de la famine pendant les années 1930.
Et ce bastion démocrate fut ensuite un des très rares
États à voter contre Reagan en 1980.
Alors, républicaine, la Virginie-Occidentale ? L'idée
semblait aussi biscornue que d'imaginer des villes
«rouges» comme Le Havre ou Sète «tombant»
à droite. Justement, cette chute est déjà intervenue...
Car cette histoire américaine n'est pas sans
résonance en France.
Thomas Frank écrit régulièrement pour Le Monde
diplomatique des articles d'analyse sociale et politique
de la situation américaine. Déjà paru en français :
Le Marché de droit divin (Agone, 2003).