Sur les épaules du fleuve

«Je commençais à désespérer de trouver un passage,
lorsque j'ai senti un léger pincement au-dessus de la
cheville. Je me suis penché sur ma cheville : deux petits
trous minuscules et deux gouttes de sang. Un peu plus
loin, la vipère filait dans l'herbe grasse.
«Je me suis assis dans l'herbe et j'ai commencé à
me masser la cheville jusqu'au genou. J'étais très
calme alors, juste un peu choqué, ne songeant ni à
vivre ni à mourir. J'ai cherché sans y penser mon
paquet de brunes et je me suis mis à fumer en
essayant d'y voir clair.
«Entendu ! je me disais. Qu'est-ce que tu es supposé
faire à présent ? Tu pourrais t'activer et te remettre à
chercher ce foutu sentier dans la broussaille. Tu finirais
bien par trouver un sentier et tu n'aurais plus qu'à le
suivre et il te mènerait certainement quelque part.
«La cigarette avait un goût salé dans ma bouche. Je
restais là, comme étourdi, ressassant ça dans tous les
sens, incapable d'approfondir. Qu'est-ce que tu
attends ? Lève-toi maintenant. Tire-toi de ce merdier.
Combien de temps crois-tu tenir la distance avec ce
poison dans ton corps ? Une heure ? Une après-midi ?
Où iras-tu au bout de cette après-midi ?»
Le maquis toscan, avec ses couleurs, ses odeurs, son
âpreté, ses habitants, est le sujet principal de ce livre
merveilleusement écrit : dans la première nouvelle,
un garçon y est initié par son père à la dure vie de
forestier ; dans la seconde, un jeune homme, fils
d'émigré italien, y fait une longue retraite avant de
prendre le train qui le ramènera dans les froides
plaines du nord de l'Europe.