Un train d'enfer : journal 28 septembre 2004-14 novembre 2005

Je serais affligé d'apprendre que j'ai pu m'illusionner sur
moi-même en pensant n'avoir jamais causé le moindre tort
à qui que ce soit par le canal de ce Journal tenu quasi quotidiennement
en toute loyauté depuis soixante-dix années.
Avoir pu déplaire, agacer, et même irriter ferme en formulant
avec vigueur des jugements souvent des moins au goût
du jour, je l'admets volontiers, mais qu'on ne vienne pas me
reprocher de m'être abaissé à régler des comptes en ce Journal
que j'estime avoir été rédigé en veillant à ce qu'y règne sans
cesse une intégrité de pensée dont j'espère ne jamais me
départir étant donné que je la tiens pour vertu de base en cette
forme de littérature.
J'ajouterai qu'aussi révélateur qu'il importe que soit sur son
auteur un Journal il sied de ne pas l'entacher d'un nombrilisme
qui risquerait de le rendre indécent. Il s'impose également
que n'y soient pas traités à la légère ou, pire encore,
passés sous silence, les événements qui constitueront
l'histoire, hélas souvent dramatique, de notre époque.
En bref, un Journal, tel que je le conçois, est un tout très
complexe ayant pour mission d'informer, d'une façon maximale,
à bien des propos, et cela en battant pavillon de l'équité,
de la compétence et de l'ouverture d'esprit.
Michel Ciry