Je suis une école : expérimentation, art, pédagogie

En 2003, le chorégraphe Boris Charmatz et l'Association edna ont mis
en place un dispositif de recherche et de création pédagogiques intitulé
Bocal. L'enjeu de ce projet nomade et provisoire était de mettre l'école
à l'épreuve de l'esthétique et du politique en réunissant une quinzaine
de personnes de 20 à 30 ans : danseurs, médecin, plasticiens, designers,
écrivains, circassien et musiciens. Tous se sont engagés dans une
aventure «sans fin» ; il ne s'agissait pas d'obtenir un diplôme, ni de se
perfectionner ou d'acquérir de nouvelles techniques, mais de penser
l'école comme puissance de création, d'activer son potentiel émancipateur.
Dans différents contextes, ils ont conçu leurs outils de formation,
questionné les figures du professeur et de l'élève, inventé les modalités
de leur enseignement, en résumé, conçu un programme scolaire comme
autant d'actes artistiques possibles... Ce projet, qui interrogeait l'institution
sans pour autant chercher à fonder un nouveau modèle, a généré
un vaste répertoire d'idées, de débats et de propositions, entre action et
utopie, création et enseignement. Sans omettre de souligner les limites
que le «réel» pose à toute pratique d'invention collective, «Je suis
une école» donne à comprendre comment la recherche d'une
pédagogie singulière aide à conquérir une autonomie, tout en soulevant
une multiplicité d'interrogations. On le voit : en relatant cette expérience
inédite, c'est à des questions beaucoup plus larges que se confronte
Boris Charmatz. Sont ainsi convoqués Jacques Rancière et son «maître
ignorant», Roland Barthes et le concept d'idiorrythmie, Robert Filliou et
Isadora Duncan, mais aussi, de part en part, la politique contemporaine
au travers d'une critique de la place de l'art et de l'expérimentation (et
donc du possible) dans notre société.