La reine Fracasse. Le jardin

C'est la mort. Elle a ici le visage d'une femme dans la force de l'âge contre laquelle évidemment on ne peut rien. Les hommes qu'elle rencontre sont tous fascinés et, semblerait-il, assez heureux qu'elle les balance par la fenêtre, du haut de la tour de verre et d'acier qu'elle habite. Mais la reine Fracasse qui ne devrait pas se poser de questions se demande ce que signifie le mal qui lui est étranger et, en tout cas, un serviteur qui ne lui plaît guère. Elle est radieale et lui sournois, car il fait partie de la vie. Le dernier personnage que la reine Fracasse attire comme le fait une fille des rues est un très vieux monsieur qui s'étonne qu'elle l'appelle chéri. Avec sa barbe blanche on le prendrait pour Dieu soi-même. Il l'est. Fracasse ne peut donc l'expédier dans l'autre monde, comme les autres, mais le divin vieillard se pose, grâce à elle. l'étrange question du mal et passe son chemin. Fracasse, née dans une humble boucherie, est devenue la reine du théâtre : est-ce malgré Lui ?
Dans l'une des vitrines des Caleries Colossales on expose en réclame un jardin. Magnifique, vaste et secret, allées, bosquets, jets d'eau. C'est l'occasion du sièele, mais pour un temps très court. Il faut se décider vite. Les passants s'arrêtent, demandent des renseignements à la préposée des ventes, si belle, si attirante dans sa guérite. Le prix de l'affaire est assez élevé, Peut-être qu'en se groupant certains en deviendront-ils les propriétaires ? Ce jardin est-il celui du Paradis ? Quand on y est, la vie est-elle différente de celle des pauvres jours ? Ou jardin, clients, Galeries Colossales, tout n'est-il qu'un leurre ?