L'échappée belge : une promenade entre le sens et la vie, sur les traces de Camille Lemonnier et d'Edmond Picard, de Louis Aragon et de Paul Nougé, de René Magritte et de quelques autres, en compagnie de Pascal Quignard

L'échappée belge : une promenade entre le sens et la vie, sur les traces de Camille Lemonnier et d'Edmond Picard, de Louis Aragon et de Paul Nougé, de René Magritte et de quelques autres, en compagnie de Pascal Quignard

L'échappée belge : une promenade entre le sens et la vie, sur les traces de Camille Lemonnier et d'Edmond Picard, de Louis Aragon et de Paul Nougé, de René Magritte et de quelques autres, en compagnie de Pascal Quignard
Éditeur: D. Devillez
200485 pagesISBN 9782873960636
Format: BrochéLangue : Français

Les hasards et les nécessités de l'Histoire ont fait en sorte que la

défaillance de la langue à supporter complètement notre identité est

incontournable, et réjouissante. Cet écart entre identité et langue,

en Belgique, ce n'est pas rien. Car nous vivons dans les plis de la

langue : là où gît précisément la possibilité de décollectiviser la

langue dite nationale. Nous babelons, nous broubelons, nous belgicisons

la langue française. Le sol est instable, l'assise est précaire.

Aussi la défaillance nous guette : nous trébuchons sans cesse dans

notre idiome «naturel». La méfiance entretenue par les écrivains

belges à l'endroit de la langue française est le signe manifeste de cet

écart et de la constante mise à l'épreuve du langage que cet écart

convoque. Elle caractérise peut-être bien notre identité si heureusement

divisée dans le creux de son rapport à la langue. Cette idée

que la langue française n'exerce pas sur nous la même fascination

que celle qu'elle exerce manifestement sur nos voisins peut expliquer

que nous sommes davantage en reste par rapport à la langue ;

il y a un écart, et donc quelque chose qui laisse à désirer, qui

empêche l'ensablement du désir dans la fascination, si tant est que

le désir représente la seule alternative à la fascination que le

langage, ce grand prédateur, exerce sur nos petites âmes imbibées.

Notre seul mérite est de nous y tenir, à cette identité métissée, incertaine

d'elle-même, marquée du sceau de l'incomplétude : si la

langue nous trompe sans cesse, si sans cesse nous ne savons pas tout

ce que nous disons, alors il nous reste à tenter de tromper ce qui

nous trompe, de saisir ce qui nous saisit, pour reprendre une image

dont je suis bien conscient d'être, moi-même, la proie.

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