Figurer l'inconscient : de Sartre à Huston : Freud, passions secrètes

Farouchement opposé au projet cinématographique des Mystères de l'âme que le cinéaste allemand G. W. Pabst s'apprêtait à tourner sur la psychanalyse, Sigmund Freud
confiait à Karl Abraham, en 1925 : « Je ne tiens pas pour
possible de donner de nos abstractions une présentation
plastique un tant soit peu respectable. »
Un quart de siècle plus tard, en 1958, John Huston entreprend
de raconter dans un film le processus qui a conduit Freud
à inventer la psychanalyse et demande à Jean-Paul Sartre
d'en écrire le scénario.
Or comment se fait-il qu'un célèbre réalisateur hollywoodien,
ayant à son actif des oeuvres comme Le Faucon maltais,
Le Trésor de la Sierra Madré ou Les Désaxés en vienne à
formuler une telle demande à un philosophe français, qui plus
est adversaire notoire de la psychanalyse ? En revenant sur
cet épisode extravagant de l'histoire du cinéma, Renato Mezan
souligne ici l'influence de ce projet sur la compréhension
qu'eut Sartre de la psychanalyse, et examine la question
de la figurabilité de la « chose psychanalytique »,
que Freud tenait pour impossible.