Etudes théâtrales, n° 35. La direction d'acteur au cinéma

Ce numéro d'«Études théâtrales» propose quelques pistes pour défricher
un terrain qui, paradoxalement, a presque toujours posé problème. Si au
théâtre, tout le monde s'accorde à dire que la direction d'acteur constitue
une part majeure de la mise en scène, au cinéma, elle n'est censée en être
qu'une part sinon infime, du moins mineure ou, dans le meilleur des cas,
«invisible». Parmi les textes critiques consacrés aux réalisateurs, très peu
se soucient d'étudier la direction d'acteur propre à ces cinéastes : un thème
ou un mouvement de caméra récurrents sont plus fréquemment étudiés.
Quant aux acteurs, des adjectifs suffisent en général à une approche
impressionniste de leur jeu (de «l'excellent» au «nul»), et l'analyse,
lorsqu'elle est tentée, concerne bien plus souvent les personnages que les
interprètes.
En faisant du comédien à la fois un objet et un sujet, un instrument et un
artiste, le cinéma n'a cessé de remettre à plus tard la question de la
direction d'acteur : le film, et l'acteur dans le film, se regardent et se
reçoivent, agissent et sont agis. Quelque part, dans ce processus, un
cinéaste a peut-être enclenché, ou transmis, ou dirigé quelque chose. Cette
indicible communication nous intrigue et nous interroge.