Cahiers Jacques Ellul, n° 4. La propagande : communication et propagande

Au tout début des années 1950, Jacques Ellul s'est
demandé si la démocratie pouvait faire bon ménage
avec cette technique de formation de l'opinion.
Il reconnaissait volontiers que l'information est la clef
de la démocratie mais en même temps il rappelait que
ce régime est historiquement lié à la propagande
puisque, fondé sur la concurrence électorale, il suppose l'affrontement
de propagandes rivales. Les régimes démocratiques
prétendent s'appuyer sur la seule vérité mais au regard de
l'Histoire, le vrai est le point de vue du plus fort, c'est-à-dire du
plus efficace.
Parmi les multiples travaux publiés sur la propagande, les thèses
d'Ellul font date. Contrairement à l'opinion dominante, Ellul a montré
que la propagande était un phénomène ancien mais qui avait
pris une nouvelle dimension dans la société technicienne et qu'elle
n'était pas l'apanage des seules dictatures mais une nécessité
pour tous les régimes. Jacques Ellul a également montré qu'il existait
une complicité entre le propagandiste et le propagandé, que la
propagande ne se limitait pas à la guerre psychologique mais
englobait les relations publiques, la publicité et la communication,
que l'information n'était pas nécessairement la clef de la démocratie
mais que la distinction traditionnelle entre information et
propagande était délicate à manier. Ces analyses d'Ellul n'ont
jamais été aussi actuelles.