L'invisible théâtral : de Shakespeare à Ibsen et Strindberg : pour une nouvelle dramaturgie de l'intériorité

L'Invisible théâtral
De Shakespeare à Ibsen et Strindberg
Pour une nouvelle dramaturgie de l'intériorité
La célèbre apparition spectrale dans Hamlet de Shakespeare incarne
le renouveau d'un motif antique, porteuse d'une réalité intérieure
profonde : un péché originel commis avant le début de la représentation
et qui doit impérativement être expié sur scène.
En réécrivant cette fable nordique, Shakespeare s'inscrit dans une
filiation dont le Norvégien Ibsen et le Suédois Strindberg semblent
être les héritiers légitimes en réinvestissant, à leur tour, ce motif du
revenant. Ce dernier lie les dramaturgies des trois auteurs en incarnant,
à chaque fois, l'accomplissement d'une vengeance, la mise en échec
du visible au profit de l'invisible et celui de la parole au bénéfice des
dégâts dévastateurs du silence. Avec Ibsen et Strindberg, le spectre
est, désormais, formellement intériorisé par des personnages bien
vivants et s'inscrit dans une nouvelle dramaturgie de l'intériorité, à la
fois mystique et inconsciente. Le personnage de théâtre vole en éclats
sous l'influence de transmissions transgénérationnelles traumatiques.
La scène de théâtre devient alors l'extension de la psyché de l'auteur
qui instaure un véritable psychothéâtre au début du XX<sup>e</sup> siècle.