Que faire avec les ruines ? : poétique et politique des vestiges

Il est communément admis, au moins, dit-on, depuis la
Renaissance, que les ruines puissent poser une question de
poétique. Mais encore faut-il que ces ruines en question aient
une présence matérielle. Truisme ? En quelque lieu qu'elles
soient situées - urbain, rural ou désertique - s'il y a des ruines,
c'est qu'on les a laissées, voire parfois installées, là où elles
sont. Cela même est à interroger : à quelle négligence, à quel
oubli ou à quelles intentions répond l'existence de ces objets
qui, en tout état de cause, en appellent à la mémoire ? Et
quel rôle ont joué les artistes et les écrivains dans le sort qui
leur est ainsi fait ? L'idée qu'on puisse
ériger la ruine en monument, peut-être
caractéristique de l'époque moderne,
répond à des injonctions implicites
ou explicites et sans doute diverses,
multiples, contradictoires. Quelle image
une société entend-elle donner d'elle-même
par l'ostentation, la destruction
ou l'abandon des vestiges, qu'ils soient les siens ou ceux
de sociétés perçues comme autres ? Tenter de répondre
à cette interrogation, ou du moins d'en poser les termes,
suppose de ne pas se limiter au champ littéraire, mais de
croiser les approches et les démarches. Les Beaux-Arts,
l'urbanisme et l'architecture, l'archéologie, ainsi, bien sûr,
que la littérature, trouvent dans ces rencontres l'occasion
d'échanges privilégiés.