Trois cent trois-Arts, recherches et créations, n° 110. Bestiaire

Notre société n'est peut-être pas aussi coupée du monde du vivant
qu'il n'y paraît au premier abord : le jardinage, même à l'échelle
d'un balcon, est l'un de nos loisirs favoris, et l'animal est partout.
On le retrouve en effet dans le décor architectural, devenu console,
gargouille, motif décoratif ou héraldique, dans nombre
d'expressions courantes («manger comme un cochon», «être bête
comme une oie», «faire l'âne pour avoir du son») et jusque dans
nos assiettes, à la fois témoin et victime d'une étrange
schizophrénie : le manger, oui, mais à condition d'occulter
suffisamment les réalités souvent sordides de l'élevage industriel...
Animal de compagnie, animal de boucherie, animal mythique,
modèle ou repoussoir, figure de nos pulsions les plus inavouables :
le statut de l'animal, qu'il soit licorne, lion, loup-garou ou simple
volaille, est donc pour le moins complexe. L'art contemporain en est
pleinement conscient et nous met, de façon souvent poétique mais
parfois beaucoup plus crue, face à une question troublante :
sommes-nous si différents de nos «frères inférieurs» ?
De l'héraldique à la littérature, de l'architecture à la philosophie,
ce numéro de 303 propose de multiples regards qui s'attachent
à décrypter le rôle essentiel que joue l'animal, réel ou rêvé,
dans nos mentalités.