Le firman

«Un grondement retentit à nouveau dans le ciel.
Les trois hommes derrière moi se turent et nous vîmes
ce qu'on pourrait appeler un phénomène climatique ne relevant
d'aucune théorie scientifique connue. Les nuages se déchirèrent
et dégagèrent un trou béant où trônait le soleil en son centre.
Je me levai, les rejoignis vers la porte d'entrée et me blottis
derrière leur dos. Quelques personnes couraient encore
dans les sentiers voisins vers un hypothétique abri.
Le vent tomba et un silence profond se fit dans la vallée [...]
La terre se mit légèrement à trembler. Nous entendîmes des cris.
Je me tournai vers le sommet de la Bistra. Un mur de cavaliers
ornait la crête, certains brandissaient des étendards colorés,
d'autres des lances où pendaient des queues de cheval.
J'avais du mal à voir leurs visages à cette distance.
Ils portaient les mêmes vêtements sombres que l'armée de fantassins,
qui montait depuis la vallée en direction du village, avec,
à leur tête, Djézéli. Nous étions pris en tenaille, toute fuite
étant dorénavant exclue. Pourquoi déployaient-ils une telle force
pour quelques milliers de personnes désarmées et apeurées ?
Qui étaient-ils et d'où venaient-ils ? Que voulaient-ils ?
Avaient-ils un rapport avec cette secte de fanatiques qui prônait
le retour de l'Empire ottoman ?»