De silences et de glace

Papa m'a dit : «Ton frère est mort sur le coup.» Silence. Une
image m'est venue : cou cassé, nuque brisée. Clac. Crac. Silence.
Depuis le 13 décembre, le jour où elle a appris la mort de
son frère, Sarah doit supporter sa propre douleur mais aussi
celle de ses parents. Elle les trouve parfois immobiles, pleurant
dans l'obscurité. Ou bien alors, ils proposent des sorties
absurdes : piscine, cinéma, théâtre, musée.
Mais c'est le silence qui domine la maison, et qui s'installe
définitivement le jour où sa mère décide que le nom de son
frère ne doit plus être prononcé, qu'il ne doit plus être question
de lui.
La chambre est vidée, tout son contenu déménagé au
grenier.
Alors les silences se transforment en glace à l'intérieur de
Sarah. Un bloc de glace qui semble ne jamais devoir fondre.