Apprendre à lire l'éternité dans l'oeil des chats ou De l'émerveillement causé par les bêtes

Apprendre à lire l'éternité dans l'oeil des chats ou De l'émerveillement causé par les bêtes

Apprendre à lire l'éternité dans l'oeil des chats ou De l'émerveillement causé par les bêtes
Éditeur: Belles lettres
2016239 pagesISBN 9782251445663
Format: BrochéLangue : Français

On peut lire ce livre comme un Bestiaire. Mais en sachant

que ce n'est pas tout à fait un Bestiaire. S'il concerne

essentiellement «les bêtes», il n'a rien d'encyclopédique

ni d'alphabétique. L'ordre qui dispose les chapitres n'est calqué

que sur les attitudes humaines. Un vagabondage personnel

a permis à l'auteur de rassembler des textes où des écrivains,

principalement poètes, disent leur émerveillement devant les

animaux, en les honorant de la reconnaissance qui leur est due et

en épelant les motifs et les nuances d'un enchantement toujours

renouvelé. Pour étayer cette «bible poétique animalière», comme

l'appelle Élisabeth de Fontenay, il fallait aussi interroger l'«état

d'émerveillement». Souhaitons que cet ouvrage soit lui-même

un émerveillement pour ses lecteurs : qu'ainsi ils entrent en la

présence animale.

Je relis L'enfant d'Agrigente , je relis Le latin mystique ,

je relis Curtius, Auerbach, Pierre de Nolhac... : je les

réunis en esprit dans une collection idéale qui satisfait

à la conception que je me fais de l'essai. Le mot est à la

mode et désigne un genre polymorphe : essais historiques,

scientifiques, politiques, critiques ; tantôt l'exposé d'un

point de vue brillant et instantané, proche du pamphlet,

tantôt la quintessence de recherches patientes dans un

champ disciplinaire donné. C'est plutôt ainsi que je vois

la création d'une collection intitulée «Les Belles Lettres/ essais ».

Dans le paysage éditorial français, notre maison se

distingue par la place qu'elle réserve à l'érudition, cette sévérité,

qui est de fondation, est son honneur. Elle se distingue

aussi par la place éminente donnée à des langues et à une

culture qui sont de plus en plus l'apanage de spécialistes.

Mais l'érudition n'est pas cuistrerie et il arrive que la spécialité

partagée vienne enrichir d'un éclat irremplaçable la

culture universelle. Seulement, il faut, pour cela, infuser à la

philologie une âme, c'est-à-dire de l'amour - et un style.

Ou, comme sur la monnaie d'Auguste, à la lenteur cuirassée

du Crabe marier la légèreté du Papillon<sup>1</sup>. C'est le

rôle de l'essai, essai en ce sens aussi que, relevant ce défi,

on a mesuré la part de risque.

P. L.

1. Revers de l'aureus frappé en 19 av. J.-C. par le triumvir monetalis

M. Durmius. Notre image est empruntée aux Sententiose Imprese di monsignor

Paolo Giovio et del signor Gabriel Symeoni , ridotte in rima per il detto Symeoni,

Lyon, G. Rouille, 1561. p. 11 («Festinalente»). Cf. W. Deonna, «The crab

and the butterfly : a study in animal symbolism», JWCI , LXV (1954), p. 67

suiv. ; I. Calvino, Leçons américaines , Gallimard, 1989, Deuxième Conférence :

«... Bizarres l'une et l'autre, l'une et l'autre symétriques, ces deux formes

animales établissent entre elles une harmonie inattendue».

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