L'exotique : un primitif en Silésie

Tout à coup, elle n'y tint plus, sa curiosité prit le
dessus, et la question fusa : «Ayi, comment feras-tu
pour rentrer chez toi en Afrique ?» Tout d'abord, je
n'avais pas compris la portée de sa question, je lui
répondis du tac au tac, expliquant que je prendrais le
train d'Opole pour Varsovie dans un premier temps,
puis, de Varsovie, un avion pour Paris, et qu'enfin,
à partir de Paris, je rentrerais chez moi par un vol
direct et régulier. Sans même attendre la fin de ma
description, elle me demanda subitement : «Mais, y
a-t-il des avions chez vous ?» Que vouliez-vous que
je réponde à cela ? J'ai simplement dit oui, comme si
je ne m'étais pas senti humilié, et elle a repris de plus
belle : «Donc, vous avez des aéroports chez vous.»
J'ai confirmé à nouveau mais, comme elle semblait
ne pas me croire, j'ai repris la parole et lui ai annoncé,
avec un calme olympien qui masquait mon agitation
intérieure : «En fait, je t'ai menti, il n'y a ni aéroport ni
avion chez nous, je suis venu en Pologne en volant.»
Puis j'ai éclaté de rire. Elle a rougi, puis m'a quitté en
claquant la porte.