Correspondances : 1922-1936

La rencontre annoncée dans cette correspondance entre deux génies de
la poésie russe du XX<sup>e</sup> siècle est un événement littéraire exceptionnel.
Exceptionnelle, elle l'est doublement, cette relation épistolaire entre
poète soviétique et poète de l'émigration, alors que, après une phase de liberté
surveillée où les échanges étaient encore possibles, la culture russe se scinde
irrémédiablement, et ceci pour toute la durée de l'expérience soviétique.
Boris Pasternak et Marina Tsvetaeva s'étaient rencontrés à Moscou en 1918.
Ce n'est qu'en 1922 qu'ils se sont véritablement découverts au travers de
leurs écrits respectifs. Pendant quatorze années, ils ont entretenu une correspondance
d'une densité et d'une intensité rares dans laquelle se tissent, étroitement
mêlées, passion sentimentale et poésie, sur fond d'époque historique
et d'histoire littéraire. Plus de trois quarts des lettres échangées entre ces deux
êtres radicalement différents sont inédits. Dessinant une courbe en arc de
cercle, la relation se noue, suit un mouvement ascendant jusqu'à atteindre un
pic paroxystique, décroît, se dénoue et finit par se défaire définitivement.
Il faut lire les lettres de Tsvetaeva et de Pasternak comme leur poésie, comme
une oeuvre à part entière. Loin d'être en marge de leur destin littéraire, les
lettres étaient, au coeur même de celui-ci, laboratoire de l'écriture - mais
également laboratoire de la vie, car c'est au gré de ces lettres que se façonnent
les événements majeurs de leur biographie. Les mots échangés sont dérobés
à la vie, au quotidien, à la famille.
La fille de Tsvetaeva, Ariadna Efron, avait décidé que ces lettres ne devaient
être publiées qu'après cinquante ans, à condition que cette édition soit intégrale.
Elle les confia aux Archives nationales de Moscou qui n'autoriseront
leur parution qu'en l'an 2000.