Majestés : et autres récits

« Les mots ont été ma pauvreté. J'étais fasciné, humilié
par ceux qui usaient de mots savants, rares, littéraires, de
mots qui vous distinguent, des mots que je n'avais pas, qui
ne seraient jamais les miens. Des mots qui m'échappaient.
Je me taisais, j'écoutais et lorsqu'il me fallait parler, j'avais
l'impression de n'être vêtu que de haillons. Aujourd'hui, je
me sens riche, riche de mes mots et fort ; ce sont les mêmes
qu'avant, ordinaires, mots de tous les jours, de tout le monde
mais ceux-là sont un pain quotidien, un bien commun sur
les lèvres, sur les langues, tirant leur force d'être dits et
redits, partagés, leur joie d'être sans cesse employés, au travail. Hosties du sens s'ils n'étaient aussi notre mal commun.
Les mots de la cruauté, nous les savons tous. »