La parole est à monsieur le député Jean Félix-Tchicaya : interventions à l'Assemblée nationale française 1945-1959

Ce livre contient les discours et interventions du député Jean Félix-Tchicaya
à l'Assemblée nationale, à Paris, entre 1945 et 1959.
Dans la tradition française du débat parlementaire, les règles du jeu politique
font l'objet d'un large assentiment. Or le paradoxe de la présence des députés
africains à l'Assemblée nationale vient du fait qu'elle inscrivait une sorte d'exception
qui alors réalisait la promotion de la différence. Et c'est de la tribune de
cette Assemblée, à l'adresse du Président du Conseil désigné (M. Guy Mollet),
au cours de la Séance du 6 mars 1951, que Jean Félix-Tchicaya déclare :
« C'est en donnant à ces populations l'assurance que rien ne sera fait pour attenter
à leurs droits de citoyen, à leur ardent amour de la liberté, que vous les trouverez
toujours aussi résolues aux côtés de tous les républicains et de tous les démocrates de
France. »
Il s'agit bien d'une parole politique, dite dans une instance démocratique,
et qui affirme l'exercice de la critique du système. Elle permettra entre autres,
l'adoption de mesures qui contribueront à corriger les excès du système colonial,
comme l'abolition du travail forcé.
Tout au long des interventions de Jean Félix-Tchicaya à l'Assemblée nationale,
il apparaît que son discours marque une volonté de reconnaissance,
mais aussi d'affirmation de la personnalité politique des colonies. A travers ce
discours au contenu politique et militant avéré, Jean Félix-Tchicaya s'affirme
comme un acteur qui s'inscrit dans la perspective d'une identité discursive reconnue.
Celle-ci fonde le rapport qui donne sens à ce discours comme parole
politique émise dans un cadre approprié, en l'occurrence l'Assemblée nationale.
Son discours fait de Jean Félix-Tchicaya un des précurseurs du mouvement
d'émancipation de l'Afrique Noire. Il a posé avant l'heure, les termes du développement
de l'AEF en général, ainsi que de la modernisation du Moyen
Congo en particulier, en insistant notamment sur l'indépendance énergétique,
avec des projets de loi sur les barrages hydroélectriques du Kouilou, et de la
Loufoulakari.