Nos joies : le réel est à l'horizon

Qu'est-ce que la joie, sinon un accomplissement, du moins
l'anticipation d'un sentiment déjà éprouvé, d'une situation déjà
vécue ? Au sein de cette «expérience de la satisfaction», décrite par
Freud, se glisse paradoxalement l'angoisse. Dans notre désir que se
reproduise ce qui a marché une fois, s'inscrit la nostalgie du sujet
qui aspire à s'abolir dans l'objet.
C'est l'un des scandales de notre temps que l'homme d'aujourd'hui
capitule devant l'objet, persuadé d'y trouver comme une réalisation
de lui-même. Telle est la pleine actualité de la découverte
freudienne : elle affirme que le progrès implique toujours le
refoulement, lequel suppose, avec la perte de l'objet, la rencontre du
réel.
Ainsi s'élabore une réflexion psychanalytique qui s'exerce aussi
remarquablement sur le terrain de l'intime que sur le champ social,
notamment en Occident, et qui, en décryptant la joie, interroge la
position du scientifique, du religieux et de la laïcité.
En effet, en cette année 2004, quatre-vingt-dix-neuvième année de
la législation sur la laïcité en France, s'établit, comme dans une
vacance symbolique, un malaise grandissant dans les catégories
familières de nos cultures.
De la pratique de la psychanalyse, l'auteur élabore une pensée
actuelle, complexe et résolument sans concessions.