Critique, n° 709. Mutants

Dans l'imaginaire collectif, les monstres ont disparu, les (super)héros
sont fatigués, mais les mutants prolifèrent : en témoignent le retour des
X-Men et l'adaptation récente de leurs tribulations dans deux films à succès.
Le mutant, l'individu affecté d'une différence spéciale qui le rend
unique, est devenu une valeur positive de notre culture. Mais avant d'envahir
la bande dessinée et les blockbusters, le mutant renvoie à un concept
biologique précis : il désigne une altération du code génétique. Le processus
d'évolution, l'adaptation des organismes à leur environnement et leur
perpétuel perfectionnement, se comprennent à partir de l'accumulation de
mutations favorables conservées par la sélection naturelle. C'est par là
aussi que le mutant devient une figure dangereuse : il annonce une forme
mieux adaptée, voire plus douée que l'homme. Il manifeste moins un écart
par rapport à la norme de l'espèce que son essentielle mutabilité ; il nous
rappelle enfin la possibilité qu'elle perde un jour sa position dominante
dans la nature, frayant ainsi la voie à ce que certains ont voulu décrire
comme le «posthumain».
Ce numéro tente d'articuler ces différents domaines. Au croisement du
biologique et du fictionnel, de la science et de l'imaginaire, le mutant s'impose
comme une figure symptomatique, sinon prophétique, du monde
contemporain. Philosophes, biologistes, spécialistes de la science-fiction,
de la «cyberculture» ou de l'art contemporain en décryptent les signes
avant-coureurs et les effets de retour parfois inattendus. La mutation est
en marche.