Fabrique de Faulx

Acier chauffé puis travaillé. Sous la masse monstrueuse
du martinet, sous la danse régulière du mécanisme par l'eau
entraîné, sous les coups non moins réguliers des marteaux à
bout de bras. Ce mouvement-là avec le rebond sur les enclumes
pour reposer l'avant bras. Hommes-bras, hommes-troncs,
hommes-machines usant leur corps tout entier. Hommes
sourds dans le vacarme de la forge entendue à des kilomètres
à la ronde. Hommes de fer, hommes de feu, mi-hommes,
mi-démons jouant avec les flammes, dansant dans les étincelles,
tutoyant sans doute, à l'écart du monde, en autarcie, le diable.
Fureur, chaleur, fumée montant au ciel et peut-être la voix
tonitruante de ceux-là pour mieux domestiquer le monde,
les éléments. Pour d'un éclat étaler le fer, n'en faire
qu'une fine tranche d'acier coupant.