Modernisation et progressisme : fin d'une époque, 1968-1981

La période allant des ébranlements de mai-juin 1968 à l'alternance
politique de 1981 constitue un angle mort des analyses de la société
française. C'est cependant au cours de cette période que commencent
à s'effriter les deux configurations ayant dominé la politique française
depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : la modernisation conduite
et anticipée par l'État et le progressisme des milieux intellectuels qui
lui fait face.
Au regard de cet effacement la période peut également être définie par
une double transition inaboutie : une transition libérale qui n'est pas
allée au-delà des deux gouvernements de Raymond Barre sous le septennat
de Valéry Giscard d'Estaing et une transition vers le socialisme
inaugurée avec l'élection de François Mitterrand et qui se termine par
un formidable tête-à-queue trois ans plus tard.
Le volume réunit des articles, publiés dans diverses revues ( Commentaire,
Communisme, Esprit, Le Débat, Projet ), qui se proposent de revenir
sur cet angle mort selon deux lignes d'exploration :
- les débats et les évolutions du dossier «décentralisation» entre l'échec
du référendum d'avril 1969 et les lois (dites «lois Defferre») initiées
à partir de 1982 pour redessiner le périmètre des rapports entre l'État
et les collectivités locales ;
- les transformations intellectuelles affectant la ville capitale, Paris, sous
la poussée des dissidences est-européennes et de la délégitimation du
communisme tandis que disparaissent les deux monstres sacrés du
progressisme d'après-guerre, Louis Aragon et Jean-Paul Sartre.
Quels peuvent être la valeur et l'avenir de l'Union européenne comme
cadre d'action collective entre un État sur le retrait et une République
fragilisée ? Cette question fait l'objet de la troisième partie rédigée après
la ratification du traité de Maastricht.