Rue du coton

«Mathilde a pris un raccourci et pédale à travers champs. Elle
le connaît par coeur, ce chemin de terre qui mène à la maison de la
cousine Blanche. C'est l'endroit rêvé pour servir de point de ralliement
à des amants discrets. Discrétion : c'est le maître mot de Bertrand,
sublimant dans l'esprit de Mathilde le côté romanesque du fruit
défendu. Ce fruit-là, elle ne cesse de le mordre à belles dents, elle la
petite ouvrière qui tient son patron dans ses griffes. Elle lui trouve
même, à ce fruit, un goût de savoureuse revanche envers les riches
qu'elle envie et déteste à la fois...»
Mathilde croit vivre une grande histoire d'amour avec le riche
propriétaire des filatures Ansselin. Mais peut-il être question d'amour
entre une petite ouvrière et l'homme - marié - qui fait vivre toute la
région ?
Nous sommes dans les années 30, à la veille du Front Populaire,
dans une vallée normande du textile où les filatures Ansselin exercent
leur fort paternalisme tant sur le personnel que sur la cité ouvrière.
Rue du Coton se côtoient des gens de toutes provenances et hauts en
couleur : Nénesse au coeur tendre, Sénateur le révolutionnaire en peau
de lapin, la grand-mère toujours fidèle aux patrons... A coups
de plume alertes, l'intrigue est menée gaillardement jusqu'à un
dénouement inattendu.
Dans cette Rue du Coton qui est avant tout un roman vrai à
la saveur caustique et aux personnages tellement justes qu'on a
l'impression de les avoir connus, Suzanne Salmon, nourrie par une
connaissance entomologique des us et coutumes de la région, se
montre un auteur qui sait s'effacer devant le plaisir du lecteur.