Gheorghiu

À un journaliste qui l'interrogeait en 1949 sur
l'authenticité de son célèbre roman La 25<sup>e</sup> heure ,
Virgil Gheorghiu répond de façon saisissante : «La
plupart des faits rapportés par mon livre sont
"recopiés du réel". » Cette forte expression montre
à quel point l'auteur est proche de ses personnages.
«Keep smiling ! Johann Moritz demanda à Nora :
-
Lue dit l'Américain ?
-
Il t'ordonne de sourire. Moritz regarda les lunettes
de Traïan sur la table... Il pensa aux kilomètres de
barbelés qui avaient entouré les camps... Il regarda
Suzanna. Maintenant qu'on lui avait ordonné de
rire, il n'en pouvait plus...»
À travers eux, il dit «non» à l'asservissement, il
prend le risque de dénoncer l'idéologie dominante.
On peut dire que, avec La 25<sup>e</sup> heure , l'écrivain
entre en dissidence. On aura beau le piétiner, le
calomnier - durant quarante ans de combats pour
la liberté -, il ne cessera de témoigner en faveur de
l'humilié et de l'offensé.
L'aboutissement de cette lutte se situe peu après
la chute du mur de Berlin. Le 13 novembre 1989,
sur Antenne 2, il sera donné à Virgil Gheorghiu de
réclamer avec foi et énergie l'éviction du criminel
régime des Ceaucescu...
Disparu prématurément en 1992, il n'a pas eu le
temps d'écrire le troisième volume de ses Mémoires.
Grâce à l'inventaire et au récolement des documents
- souvenirs de voyage, coupures de presse,
photographies -, ce Gheorghiu («Qui suis-je ?»)
s'efforce, dans une large mesure, de combler cette
lacune. Il offre, pour la première fois, une synthèse
de la vie d'un poète, doublé d'un homme d'action,
témoin d'une rare clairvoyance des divagations du
XX<sup>e</sup> siècle.
Au cadran de l'Histoire, à l'horloge du coeur, il
a perçu les battements les plus légers, il a entendu
tinter l'heure critique, l'heure de détresse, l'heure
en surplus...