Glissement de terrain

Climat de gouaille et de plomb, car le naufrage menace.
D'abord ce «glissement de terrain» qui vous arrache un
homme, une maison, un quartier sans crier gare. Ici ou là,
la terre s'effondre, signe visible de la gangrène qui travaille
et pourrit tout un pays.
En surface, les vivants vivent la déroute au jour le jour.
Ça les mine, ça les anime aussi. Pas d'autre morale, pas
d'autre lutte, pas d'autre foi, pas d'autre parole, quand
ça vous crie au ventre, que d'échapper à l'étranglement.
On veut partir, quitte à prendre le risque de voir mourir
en soi la mémoire de ses origines. Les moins chanceux
magouillent pour trouver une faille dans le système et pour
mettre les bouts. Les vieux restent au pays comme les
déchets d'une société en perdition. Une maladie qui
n'épargne personne. La peste que cet appel vers tous les
possibles. Et pendant ce temps, la terre, la terre jamais
rassasiée, la terre haïe, que nul n'habite plus sinon contre
son gré, avale ses enfants...